Entretien avec Maxime Garenaux
Français aux Pays-Bas, vous êtes ingénieur, architecte naval et vous travaillez, non dans la Randstad, près de la mer, comme on pourrait l’imaginer pour un architecte naval, mais au cœur des Pays-Bas, à Wageningen, ville réputée pour son université spécialisée en sciences de la vie, agriculture, environnement et développement durable, connue comme « ville de la Libération » pour y avoir reçu la signature de la capitulation de l’Allemagne en 1945, et appréciée pour la proximité de la nature, dans le Veluwe.
- Que faites-vous à Wageningen ?
Maxime : « Je travaille en effet comme beaucoup d’autres ingénieurs architectes navals venus d’une multitude de pays, à l’Institut d’hydrodynamique MARIN (Maritime Research Institute Netherlands, prononcer Marine) qui se trouve à Wageningen. Wageningen est une enclave internationale d’expertise scientifique au milieu de la campagne néerlandaise. Elle est connue comme une grosse ville étudiante avec plus de 12.000 étudiants, de très nombreux doctorants à l’université d’enseignement et de recherche [dont la mission est « d’explorer le potentiel de la nature et d’améliorer la qualité de la vie », selon le site de l’université]. Mais elle est aussi mondialement connue pour l’expertise des ingénieurs en architecture navale de MARIN, dont la mission est Better ships, blue Oceans, pour une utilisation durable de la mer avec des navires propres, intelligents et sûrs. »
Comme beaucoup de Néerlandais vous n’habitez pas à proximité de votre lieu de travail. Cela vous permet de bien connaître plusieurs villes des Pays-Bas.
- Quel est votre contexte de vie et avec quelles activités ?
Maxime : « Après avoir vécu à Delft puis Hilversum avec ma fiancée, nous avons choisi de résider à Amersfoort, une ville de taille moyenne idéalement située entre nos lieux de travail. L’offre culturelle y est de grande qualité et la proximité de larges espaces naturels (le Veluwe) nous plaît beaucoup. En outre, grâce à sa position centrale, nous pouvons entretenir facilement nos liens avec les amis de Delft, Amsterdam et La Haye.
Depuis cinq ans, nous avons créé des liens de proximité avec les gens du quartier mais aussi avec nos associations sportives. Je fais du cyclisme, de route et de VTT que je pratique depuis tout jeune, et avec les coureurs, certains devenus des amis, nous parcourons ensemble les sentiers et chemins cyclables du Veluwe. C’est un réseau très diffèrent du réseau professionnel.
Une des activités qui nous passionne est notre jardin communal de quartier. Avec la création de ce jardin sur un terrain qui appartient à la commune et avec le budget que celle-ci nous accorde, nous contribuons à améliorer la qualité de vie autour de la maison, à accroître la biodiversité, à favoriser les échanges entre les voisins de diverses origines et à partager les habitudes mutuelles ; nous participons aussi à l’éducation des enfants qui sont nombreux à venir voir, à vouloir nous accompagner dans le travail, curieux qu’ils sont de faire pousser fleurs et légumes dont la communauté pourra bénéficier. Ce jardin qui, s’il n’est pas le plus beau, est le plus « chouette », est un vrai lieu de convivialité qui améliore le cadre de vie et qui nous fournit fleurs et légumes de qualité. C’est pour nous un engagement simple mais prenant car nous veillons à son bon fonctionnement ainsi qu’au plan pour la suite.

Pour l’anecdote : Amersfoort a la particularité d’être au centre du système national de triangulation (système RD Rijksdriehoeksmeting), réseau géodésique officiel utilisé pour la cartographie et la topographie, déterminant les coordonnées de l’ensemble du territoire des Pays-Bas, dont le point zéro est situé dans la tour de l’ancienne église Lieve Vrouwe. »
- Comment avez-vous découvert les Pays-Bas et pourquoi vous y êtes-vous installé ?
Maxime : « En réalité je suis venu aux Pays-Bas par, finalement, un heureux hasard. Originaire du Nord de la France et faisant mes études supérieures à Brest en Bretagne, je cherchais à faire un échange Erasmus dans un pays du Nord de l’Europe avec pour idée de pouvoir y améliorer mon anglais ! Je n’ai pas trouvé de place dans les universités scandinaves mais au dernier moment on m’a prévenu de l’ouverture d’un contrat d’échange avec la célèbre TU Delft, pour lequel j’ai sollicité avec succès. Nous étions deux élèves-ingénieurs français de Brest pour six mois en Erasmus à Delft et je vis encore, douze ans plus tard, aux Pays-Bas.
Avant de retourner à Brest pour finir mes études, j’ai choisi une année de travail et d’études pour apprendre la langue néerlandaise et approfondir ma découverte de la culture néerlandaise qui m’a très vite plu. La rencontre avec Kim, ma fiancée, a déterminé mon choix de revenir aux Pays-Bas après la dernière année d’études en France, Kim étant alors au Chili pour ses études !
Mon apprentissage du néerlandais a facilité mon insertion sociale et professionnelle aux Pays-Bas, et ma compréhension des pratiques culturelles, ce qui fait que je me sens bien dans ce pays où je vis et travaille même si j’aime beaucoup ma région d’origine et mon héritage français. Et si je parle couramment néerlandais, Kim parle couramment français. Nous avons d’ailleurs choisi de fêter notre mariage en Normandie l’an prochain. »
- Qu’appréciez-vous particulièrement aux Pays-Bas ?
Maxime : « J’aime l’ouverture d’esprit, la spontanéité et la flexibilité que je rencontre chez les Néerlandais dans les relations sociales et professionnelles. Je leur suis reconnaissant de pouvoir être moi-même, Français aux Pays-Bas.
Au niveau professionnel, j’aime la façon d’accueillir des gens de partout dans le monde, reconnaissant leur expertise.
J’aime l’équilibre, pratiqué car rendu possible par les structures, entre vie professionnelle et vie privée. »
- Comment évaluez-vous votre apport de Français en contexte néerlandais, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la vie professionnelle ?
Maxime : « Au niveau de la vie quotidienne, je partage avec les amis mon souci d’une bonne alimentation et le plaisir de la gastronomie simple mais de qualité. Il me faut trouver le bon boulanger, la bonne ferme de viande, de fromage, de légumes, proche d’Amersfoort, pour y acheter des produits frais et de qualité. Et si mes amis prennent cela avec ironie, ils font de plus en plus de même et apprécient cette façon de vivre.
L’environnement dans lequel je travaille est très international et l’apport des uns et des autres de cultures différentes, et donc le mien en tant que Français, est très bénéfique pour l’entreprise qui s’enrichit de ces sources diverses. Nous travaillons avec beaucoup de clients étrangers dont des Français et dans notre entreprise qui ne construit pas des bateaux mais qui, grâce à ses bassins et outils de pointe, travaille sur maquette et simulation numérique, chacun a à cœur de s’adapter à l’autre pour comprendre comment ensemble résoudre les problèmes. »
- Quelles sont vos passions et vos engagements aujourd’hui et pour demain ?
Maxime : « Je dirais tout d’abord que le respect de l’environnement et le respect des personnes m’importent.
Pour notre consommation personnelle, je souhaite privilégier le local d’une part, le frais et le naturel d’autre part. Nous achetons le plus possible des produits locaux.
Je participe à ma petite échelle à la protection et l’amélioration de l’environnement, avec notre jardin communal. Nous y avons, en saison, tant de fleurs et de légumes mais aussi et surtout un compost magnifique, 1 m3 de compost rempli d’insectes ; c’est ma petite victoire en ce début d’année 2026 !
Au niveau professionnel, je poursuis le même engagement de respect de l’environnement et des personnes, même s’il se décline différemment. MARIN est à l’initiative de nombreux projets pour promouvoir un usage durable de l’environnement (de l’énergie aux transports) dans le secteur maritime. Un exemple de cet engagement est notre participation active à la BLUEWEEK à Marseille en avril 2026 durant laquelle nous mettons en avant certains de nos projets visant à réduire les nuisances des navires marchands par l’introduction de navires à propulsion vélique. C’est le retour à la voile !
Parmi ces projets se trouve le Miaraka, un nouveau bateau en cours de construction : le Miaraka sera le premier porte-container à propulsion vélique au monde, avec un financement coopératif. En 2027, il ira de Marseille pour Madagascar, en navigant à la voile et avec une charte de travail qui respecte les personnes.
Nous sommes fiers chez MARIN de contribuer par notre apport scientifique à ce projet d’entreprise française, Wincoop, une compagnie maritime militante.
Et bien sûr, depuis quelques mois déjà, compte mon engagement de citoyen français aux Pays-Bas, sur la liste « Voix françaises aux Pays-Bas » menée par Michèle Kremers avec des compatriotes tous plus remarquables les uns que les autres, et dans la continuité du travail que vous, Marie-Christine Kok Escalle, avez réalisé pendant le mandat de Conseillère des Français de l’étranger élue pour les Pays-Bas de 2021 à 2026 et présidente du Conseil consulaire de 2024 à 2026. Je souhaite partager mes savoir et savoir-faire avec d’autres Françaises et Français et recevoir d’elles et eux énergie et confiance, dans des échanges agréables et constructifs pour le bien commun. »
Merci Maxime de mettre votre expertise au service de la protection de notre planète, merci pour votre enthousiasme contagieux, merci pour votre engagement de Français aux Pays-Bas.
