Nous qui avons connu Solange de Marie Vareille sort le 11 mars 2026 chez Flammarion et peut être mis à l’honneur à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

En découvrant que l’autrice dont je lisais le roman qui m’a enchantée, habitait La Haye, j’ai cherché à la rencontrer. Ayant acheté par hasard Désenchantées (2022), lorsque j’ai ouvert le livre je n’ai pas pu le lâcher.
Marie Vareille est une jeune femme qui écrit des romans dont beaucoup traitent de l’histoire de femmes.

Marie Vareille – @ Astrid di Crollalanza
- Désenchantées n’est pas votre premier roman, n’est-ce pas ?
Marie : « En effet, c’est mon dixième roman publié et il a connu un grand succès commercial. Il est traduit en plus de vingt langues, publié dans vingt-cinq pays, il fait l’objet d’une adaptation télévisée, que j’ai beaucoup aimée. Les lecteurs ou lectrices ont beaucoup aimé le sujet, le contexte des années ’90, une période à laquelle je suis très attachée. Mon livre parle d’un double paradis perdu, la fin de l’enfance, chez ces adolescentes, et la fin d’un monde, celui d’avant Internet et les réseaux sociaux. »

Vous vivez donc de votre plume et avez reçu de nombreuses distinctions dès la publication de votre deuxième roman en 2015 ; ensuite, chaque année vos romans se voient attribuer des Prix à commencer par l’étoile 2016 du meilleur roman jeunesse (« Le Parisien ») pour Elia, la passeuse d’âmes ; s’ensuivent des best-sellers comme La vie rêvée des chaussettes orphelines (2019), Le syndrome du spaghetti (2020) qui traite d’un sujet qui vous touche personnellement et La dernière allumette (2024). Le 11 mars 2026 sort votre nouveau roman Nous qui avons connu Solange dont le sujet vous touche aussi personnellement.
- Comment êtes-vous venue à l’écriture de romans ?
Étiez-vous prédestinée ? quelle belle étoile vous y a conduit ?
Marie : « C’est une merveilleuse aventure ! J’ai l’immense chance de vivre de ma passion et j’ai conscience que ce n’est pas donné à tout le monde.
J’ai toujours aimé lire et écrire et je suis arrivée à l’écriture par la lecture. Pourtant je n’ai pas fait d’études de Lettres ; j’ai suivi la voie des classes préparatoires et des études supérieures dans une Grande École de Commerce (marketing et management) à Paris ; je suis ensuite partie pour un master aux États-Unis, occasion d’ouverture à d’autres mentalités et, au bout de l’année ,j’avais écrit mon premier roman qui n’a pas trouvé éditeur ; un petit éditeur m’a toutefois encouragée à poursuivre dans l’écriture.
Ce que j’ai fait, tout en travaillant dans un domaine qui ne me permettait pas de m’épanouir, le marketing.
Mon deuxième roman a trouvé preneur chez un éditeur. J’ai pu me consacrer à l’écriture à partir de la sortie de mon cinquième roman, travaillant énormément pour mes romans annuels jusqu’à ce que je décide de ne publier que tous les deux ans après Désenchantées. J’écris aussi des nouvelles et des poèmes. »
- Aujourd’hui, Désenchantées fait l’objet d’une série télévisée. Que pensez-vous de l’adaptation ?
Marie : « Ce roman se prêtait, par son côté visuel et spatio-temporel, à une adaptation non seulement cinématographique mais aussi par épisodes. L’adaptation est très bonne et la réception aussi ! La série va être disponible sur plate-forme.
Le syndrome du spaghetti a quant à lui été mis en scène, au Festival d’Avignon en juillet 2025. Son adaptation théâtrale est reprise en Belgique pour deux représentations exceptionnelles au bénéfice de la recherche sur le Syndrome de Marfan, le 11 avril 2026 à Bruxelles (Flagey). »
- Quels (qui ?) sont vos lecteurs ?
Marie : « Des lectrices ! de trente à cinquante ans ! Mais sans doute aussi des plus jeunes et des plus âgées. Ce sont les lecteurs qui s’emparent du roman et en font un succès plus ou moins grand. »
- Avez-vous évolué dans votre travail d’écriture ?
Marie : « Pour écrire mes premiers romans, je faisais d’abord un plan que, finalement je ne suivais pas. Aussi je me suis lancée à écrire sans plan, partant d’une bonne idée, ayant le début et pas toujours la fin ; je créé en continu, dans le flot de l’écriture et c’est magique car l’intrigue avec son déroulé se construit, hors d’un raisonnement rationnel, les barrières tombent !
Et je trouve que mes derniers romans sur lesquels je passe beaucoup de temps pour approfondir le sujet et peaufiner l’écriture, dans la forme et le rythme des phrases, sont mieux écrits que les premiers. Mon expression doit pouvoir faire vivre au lecteur l’histoire qu’il lit.
Je me sépare aussi de bon nombre de pages écrites qui ne survivent pas à la version finale. »
- Venons-en à vos sujets.
Vous êtes ou devenez spécialiste des sujets que vous traitez. Comment y parvenez-vous ? le sujet d’abord … qui conduit à la recherche ou bien est-ce l’inverse ?
Quelle ne fut pas ma surprise en lisant La dernière allumette de découvrir votre connaissance du sujet ! Votre analyse des mécanismes d’emprise dans la réalité des violences dans la sphère domestique est tellement fine et votre plume la rend tellement réelle … comment est-ce possible ?

Marie : « Mon point de départ est une idée avec laquelle je sais que je vais devoir vivre intensément pendant de très nombreux mois. Je dois donc être passionnée par cette idée, avoir envie de travailler sur le sujet, c’est mon critère de sélection.
Puis vient le temps de la recherche et l’écriture se fait au fil de mes découvertes sur le sujet. Je suis dans la peau de mes personnages qui prennent forme et mes émotions sortent en écrivant, je pleure, ris, souris en écrivant. Je vis tellement les choses que j’écris que c’est très dur à écrire et à relire. Une fois le livre terminé, je dois en faire mon deuil et je passe à autre chose. Mais je dois d’abord dire au revoir aux personnages et m’en détacher avant d’en créer d’autres dans une autre histoire. Je suis tellement prise par ce que j’ai écrit que je ne peux pas commencer un nouvel écrit avant que le précédent ne soit publié.
C’est la complexité des relations humaines qui m’intéresse. J’explore ce que je ne connais pas, ce que je ne comprends pas, d’un point de vue théorique et du point de vue du vécu humain. Concernant les violences dans la sphère domestique et la question de la transmission du modèle de comportement, sujet de La dernière allumette, je me suis énormément documentée pour connaitre les manifestations de l’emprise et comprendre les mécanismes qui génèrent celles-ci. J’ai écouté et lu les témoignages, les explications, les interprétations et mes personnages se sont créés au fil de la plume, sans que je sache jusqu’au dernier moment quelle voie ils allaient choisir : poursuivre dans la violence ou rompre avec l’héritage ? C’est au moment de l’écriture que je décide.
Pendant que j’écrivais mon dernier roman, [l’histoire de Solange ‘Le jour où je suis devenue meurtrière, j’ai cessé d’aimer les mirabelles’ et de ‘quatre générations de femmes puissantes’], j’ai écouté un podcast sur ‘Les mauvaises filles du château de Cadillac’*, et la question du traitement de la santé mentale des jeunes filles jusqu’au milieu du XXe siècle est devenue une partie du livre.
C’est fascinant de me rendre compte que le sujet que je traite me transforme, moi et mon écriture, mais ce n’est pas facile à vivre tous les jours car ça envahit mon quotidien et celui de mes proches. »
Se rencontrer à La Haye où nous habitons toutes deux, est, pour moi qui ai connu votre nom en votre qualité d’autrice, étrange. Je suis très impressionnée par votre talent et par la modestie et la simplicité dont vous témoignez pendant notre échange.
- Être Française aux Pays-Bas vous plaît-il ? trouvez-vous dans ce plat pays l’inspiration nécessaire et peut-être même plus ?
Marie : « Originaire d’une petite ville de Bourgogne, la vie parisienne n’est pas ce qui me convenait le mieux, surtout avec un enfant en bas-âge. Aussi je suis très heureuse d’avoir pu découvrir la Hollande grâce à l’opportunité proposée à mon mari de venir y travailler. La découverte de la vie à La Haye nous a convaincus d’y rester ; la proximité de la mer me fascine, l’usage du vélo, la vie en extérieur pour les enfants, l’apprentissage encouragé de l’autonomie dès le plus jeune âge sont des atouts précieux pour la vie de famille et le travail d’écriture. Cette vie à La Haye me plait beaucoup et nous avons décidé d’y rester.
Mon inspiration vient des gens, ceux que je croise, que j’observe ou que je rencontre, ceux que j’écoute et qui attisent ma curiosité, provoquent mon intérêt, appellent une recherche.
Alors oui, je trouve à La Haye inspiration et stimulation à chercher, interpellée par les différences culturelles et sociétales. »
- Et demain ?
Marie : « La question de la transmission m’habite. J’ai écrit pendant vingt-cinq ans sans que l’on me lise, je continuerai donc à écrire, que l’on me lise ou non. »
- Votre passion étant la lecture, quel livre aimez-vous ?
Marie : « La vie devant soi de Romain Gary (Émile Ajar), [Prix Goncourt 1975]. C’est drôle, optimiste, émouvant et plein d’humanité ».
Ce sont des qualités que l’on peut attribuer à vos romans, chère Marie, qui allient l’utile (comprendre la complexité de sujets de société) à l’agréable (le plaisir de lire), nous tenant en haleine dans le vécu des personnages. J’y ajouterai la qualité de l’intrigue, passionnante et dont vous maniez le suspense de main de maître.
Je continuerai à vous lire et espère le faire longtemps. Merci pour votre talent, votre générosité, votre sens de la responsabilité dans la transmission de l’histoire sociale et familiale.
* L’école de préservation pour jeunes filles à remettre dans le droit chemin, une école pour redresser les ‘mauvaises filles’ a, jusqu’en 1951, pris la suite de la première prison pour femmes de 1818 à 1891, au Château de Cadillac au Sud de Bordeaux.
