Portrait de Felix de Rooy par Amazone Nativel

Une œuvre de Amazone Nativel, Française résidant à Amsterdam, est exposée au Stedelijk museum d’Amsterdam dans le cadre de Felix de Rooy « Apocalypse » (22 avril-3 septembre 2023). C’est un portrait de Felix de Rooy avec une couronne d’épines sur la tête, réalisé par l’artiste en 1996, une photographie de 3 m. sur 3 m.

Amazone est une artiste plurielle. Photographe d’art depuis trois décennies, elle fait œuvre d’écrivaine en cherchant à rendre visible la pluriculturalité de chaque être.

L’exposition présente cinquante ans de création de Felix de Rooy, artiste aux talents multiples, auteurs de tapisseries, peintures, sculptures, films, théâtre, qui en précurseur, traita des sujets d’aujourd’hui concernant l’impact, dans l’art, du passé colonial sur le présent, du racisme et de l’identité minoritaire, afro caraïbes ou queer.

Je me suis entretenue avec Amazone Nativel qui a vu sa passion pour la photographie naître avec un atelier photo en classe de quatrième à Toulouse, a surtout fait des portraits de femmes.

Amazone : « Je photographie, à partir de rencontres fortuites, non programmées, des gens qui m’intriguent, qui attirent mon attention et d’où émane une certaine authenticité ».

** Comment, en 1996, avez-vous fait le portrait de Felix de Rooy ?

Amazone : « Nous étions au cinéma, j’étais intriguée par ce très bel homme qui prenait des notes pendant le film. Nous avons échangé après la séance et je lui ai proposé de faire son portrait, dans le lieu qu’il choisirait, le lieu choisi comme décor pour la photo disant quelque chose sur la personne et lui permettant de s’y sentir bien. Ce fut son atelier et plus précisément la cour y attenant ; en passant la porte, il a saisi la couronne d’épines accrochée à un clou sur le mur à droite et l’a mise sur sa tête. Et alors que je n’aime pas qu’un objet soit lié à la personne qui pose, mettant en avant un « talisman » un objet préféré, je n’ai rien osé dire et j’ai fait la photo, en fait trois photos, de Felix avec la couronne d’épines, respectant ainsi son choix du moment. Il a choisi cette photo qui est exposée au Stedelijk museum ; ma préférence va vers une autre, son portrait en buste avec deux épis de blé dans la main qu’il tient devant son torse. Je considère cette photo comme un de mes dix meilleurs portraits ; elle a été exposée au FOAM lors de l’exposition Trots en 1996 et je l’exposerai le jour d’une rétrospective Amazone Nativel. J’ai le temps : l’exposition actuelle expose cinquante années de travail de Felix de Rooy alors que je n’en ai que trente à mon actif ! »

** Felix est un artiste visionnaire, engagé contre toute discrimination raciale, sexiste. Néerlandais de Curaçao, il a fait une place dans toute son œuvre de théâtre, film et autres modes d’expression, aux questions qui sont aujourd’hui d’actualité, concernant d’un côté le colonialisme et son héritage et d’un autre côté la reconnaissance de l’homosexualité, de la queerness.

De Rooy a une collection de plusieurs milliers d’objets qui représentent « le noir » dans la vie quotidienne (bande dessinée, objet d’usage courant, jouet, livre, affiche publicitaire) et qui ont, affirme-t-il, façonné une représentation de l’autre, stéréotypée et pleine de préjugés de la part des « blancs » occidentaux. Il présente cette collection en 1989, dans l’exposition Wit over Zwart au Tropenmuseum, que Vrij Nederland présente comme un J’accuse face à la société occidentale.

** Vous vous retrouvez dans son combat ?

Amazone : « Oui, j’ai toujours été intéressée par l’autre, par le différent pour lequel j’ai du respect et je me suis construite en opposition à l’éducation traditionnelle, contre l’enfermement que j’ai connu enfant. Je suis donc devenue anarchiste, dès mes années d’étudiante à Toulouse, ai voyagé pendant deux ans avant de participer au mouvement des squatters à Amsterdam où je me suis installée au début des années ‘80. J’étais amoureuse d’Amsterdam pour sa lumière, ses canaux, les festivals de musique (j’ai joué du saxophone et pensais pouvoir devenir professionnelle).

L’art est finalement un gant qui me va mieux que l’action dans le mouvement politique anarchiste, aussi j’écris depuis plus de quarante ans, de façon limpide et percutante, et je photographie pour montrer l’essentiel, la pluriculturalité de l’être (j’ai moi-même des racines créoles, par mon père, Réunionnais). Mon comportement rebelle m’a valu d’être renvoyée de la Rietveld Academie : Française, on me collait l’étiquette d’arrogance, critique de la société hétéro, patriarcale, je n’arrivais pas à me faire comprendre par mes textes, dessins et photos marqués par le A d’anarchiste. Le changement est phénoménal depuis quarante ans, avec au cœur des questions de société aujourd’hui, la pluriculturalité, l’héritage du colonialisme et la sexualité et … l’exposition « Felix de Rooy ‘Apocalypse’ » au Stedelijk museum.

Artiste dans l’âme, la créativité est pour moi ce qu’il y a de plus important car c’est ce qui permet à chacun de trouver son bien-être. Je m’efforce de participer à cette démarche en étant « coach de vie ».

Bien qu’anarchiste, je suis réaliste. Je souhaiterais pouvoir intensifier mon travail et aurais besoin pour cela d’un lieu de vie et de travail combiné suffisamment grand. »

Une petite partie du travail d’Amazone est visible sur FaceBook et Instagram.

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