Entretien avec Mélanie Cacault
Mélanie est musicienne. Flûtiste, elle est venue de France aux Pays-Bas par amour d’un Néerlandais, curieuse de découvrir sa culture, d’apprendre sa langue et de vivre une nouvelle expérience musicale. Depuis vingt-deux ans, son aventure s’est fortement enrichie.
- Votre parcours de vie professionnelle aux Pays-Bas est fort riche de diversité : flûtiste, œnologue, commerciale, en formation de thérapeute respiratoire…
Mélanie : « Je suis arrivée comme flûtiste et donne aujourd’hui, à nouveau depuis quelques années des cours de flûte traversière à Utrecht, poussée à m’y remettre par un besoin de transmettre très fort.
Ma passion était de vivre de la musique, de jouer dans un orchestre et pas seulement de donner des cours et je n’aurais jamais imaginé un avenir de commerciale dans une entreprise.
Pourtant comme je me passionne pour beaucoup de choses et que j’aime saisir les opportunités qui se présentent, je suis devenue œnologue par choix, après avoir suivi une solide formation et obtenu les diplômes nécessaires pour travailler dans une cave. »
- Quel lien entre la musique et le métier d’œnologue ?
Mélanie : « On parle d’émotion et on éveille les sens ! on parle de goût, on parle de beauté. Il s’agit de sensation, dans un rapport au corps, de charmeur à envoûtant.
Il y a une proximité dans les termes utilisés pour décrire un vin ou une œuvre musicale : on parle de couleur, de rondeur, de texture, de souplesse ou de vivacité. Travaillant dans une cave, j’ai beaucoup aimé la relation avec les clients aussi bien qu’avec les professionnels, restaurateurs et producteurs. Les échanges et expériences au contact de la très haute gastronomie, de producteurs soucieux de la beauté de leur produit fut d’une richesse incroyable. Et transmettre ma passion, à la cave a été passionnant, suscitant chez les gens enthousiasme, émotion, désir de savoir … et une belle interaction. »
- Et aujourd’hui, vous travaillez dans une entreprise néerlandaise pour le marché français.
Mélanie : « Depuis dix ans en effet, je vends des produits néerlandais sur le marché français pour une entreprise qui fabrique des produits du quotidien dans l’univers de la maison, de la décoration mais aussi des articles de puériculture.
Les Pays-Bas m’ont offert l’opportunité de me lancer dans un milieu inconnu, le monde de l’entreprise, avec mes qualités et mes acquis personnels, ma curiosité et ma persévérance, mon expérience de la relation interculturelle mais sans l’expertise du métier.
Audace de ma part, mais avec la conviction que les qualités humaines sont essentielles pour la réussite des opérations de vente entre des partis de culture différente. De la relation à la clientèle dépend, j’en suis convaincue, une grande part du succès.
J’ai, dans mon expérience de vente et promotion du vin, appris le langage qui touche le client ; je l’ai appliqué et actualisé dans la situation de vente, des Pays-Bas vers la France. Les marchés y sont fort différents, les habitudes des consommateurs sont très différentes d’un pays à l’autre mais aussi la manière d’aborder les acheteurs et le business l’est aussi ; mon intuition, ma capacité d’observation et d’analyse m’ont permis d’en développer une bonne connaissance et de mettre mon savoir-faire interculturel au service des uns et des autres, faisant un lien et construisant un pont entre les pratiques culturelles. »
- Votre vie de Française aux Pays-Bas, une aventure qui se décline sur plusieurs registres ?
Mélanie : « La vie n’a pas toujours été simple pour moi, Française aux Pays-Bas, mais il est clair que ce que j’ai pu réaliser ici professionnellement, je n’aurais pas pu le faire en France. J’ai appris le néerlandais, élément essentiel pour moi afin de retrouver mon autonomie et de pouvoir m’intégrer au plus vite. Cela facilite la compréhension de la mentalité des locaux.
J’ai bien sûr saisi les opportunités qui se sont présentées mais il y a chez les Néerlandais une ouverture d’esprit qui se traduit dans le monde du travail par une audace, un certain opportunisme aussi, la confiance que l’on peut se tromper et que l’on peut recommencer, que rien n’est figé. Et on m’a fait confiance ! C’est une grande force et ça donne de l’énergie. Cette confiance, maman, je l’ai retrouvée dans le système d’éducation à la néerlandaise, qui est tout à fait exceptionnel. Tout vise à développer l’épanouissement de l’enfant, son autonomie ; on lui fait confiance et on l’encourage au lieu de le punir.
Aujourd’hui, je suis à un moment de jonction et de nouveau défi : maman dont la fille va quitter le nid et partir pour faire ses études supérieures, commerciale qui a jusque-là connu une grande autonomie qui m’a permis d’avoir un impact, je suis aujourd’hui confrontée à une culture d’entreprise qui change depuis le rachat de celle-ci. Bientôt diplômée thérapeute respiratoire, je sens qu’il est temps d’envisager autre chose. Mon esprit d’aventurière se réveille et je sens le besoin de retour à une certaine liberté, que la musique m’avait apportée et que je retrouve dans cette formation de thérapeute de la respiration. Le souffle est essentiel et il m’aidera à me réinventer ! »
Merci Mélanie pour ce partage, cette réflexion authentique et exigeante sur votre parcours de vie. C’est un vrai plaisir de vous avoir rencontrée grâce à Lucie, votre amie musicienne elle aussi, et nous apprendrons à faire équipe ensemble, pour nos compatriotes aux Pays-Bas et pour notre plus grand plaisir.
