Entretien avec Faustine Gauthier
Vous voilà à La Haye, Française aux Pays-Bas, depuis quelques mois et si je comprends bien, vous avez déjà des compétences pour communiquer dans la langue du pays. En témoigne un commentaire de collègue avec qui vous avez travaillé dans le cadre d’un projet expérimental des gares ferroviaires néerlandaises (NS) :
“Ik vind het super om met jou te werken want je ervaren internationale blik inspireert ons enorm”!
- C’est un investissement linguistique et culturel de taille pour vous qui êtes déjà plurilingue et sensible aux différences culturelles ! Qu’est-ce à dire ?
Faustine : « Oui, j’ai la chance de parler anglais et italien couramment, grâce à mes études et mes séjours de loisirs en Italie. Depuis que je suis aux Pays-Bas, j’ai investi dans l’apprentissage du néerlandais que je veux pouvoir utiliser professionnellement. J’ai trouvé de bonnes écoles pour me former (Taaltafel, Taalthuis).
Contrairement à d’autres qui voient dans le néerlandais une langue gutturale et « barbare », j’aime bien la mélodie de cette langue et saisis les occasions de me familiariser avec elle en dehors des cours que je suis : ainsi je converse avec mes voisines, je suis le journal télévisé en makkelijk taal (langue facile) sur NPO, je regarde des films en néerlandais et des films en français avec sous-titres néerlandais. J’ai même trouvé des recettes de cuisine en néerlandais expliqué par des grands chefs du pays (Cheflix) – car oui il y en a !
Je rêve d’une entreprise qui me donne la chance de progresser plus vite dans cette langue dans un environnement à la fois néerlandais et international. »
Le service d’intérêt général semble vous motiver et inspirer. Vous avez travaillé 10 ans à la SNCF, avec une passion pour le train et pour le transport public en général et vous avez connu de belles réussites professionnelles ces dernières années, lors d’événements marquants …
- D’où vous vient cette passion pour le train et quelles sont vos réalisations ?
Faustine : « J’adore voyager en train et depuis que j’ai voyagé seule en Europe grâce à un pass Interrail [un pass accessible à tout âge pour voyager en train dans 33 pays européens] quand j’avais 20 ans, j’en ai fait mon mode de déplacement principal partout. J’en ai ensuite fait un sujet d’étude, intéressée par les tensions qu’il y avait entre les missions de service public du train et son ouverture progressive à la concurrence. Puis, j’ai voulu travailler dans le secteur ferroviaire.
Au sein de la SNCF, cette entreprise historique [fondée en 1937, pendant le Front populaire], j’ai exercé divers métiers, avec comme fil rouge l’animation et la gestion de collectifs et de projets. Rencontrer et relier les gens et les idées me donnent de l’énergie. Mettre en place des améliorations de nos services et de nos façons de travailler aussi. J’aime à la fois développer une vision globale stratégique et résoudre des problèmes opérationnels.
Pendant ces 10 ans, j’ai fait un peu des deux : entre autres, j’ai été cheffe de gare pour la magnifique Gare de l’Est à Paris, puis j’ai contribué à la transformation de l’organisation de toutes les grandes gares de France !
Les deux dernières années avant mon départ aux Pays-Bas, j’ai travaillé pour la direction de la Communication sur des projets de grands événements très mobilisateurs pour les salariés et les Français.
Ainsi, lors des Jeux Olympiques de 2024, qui était un grand enjeu pour la SNCF, j’ai géré la communication interne, notamment pour engager des salariés volontaires pour accueillir dans les gares les millions de voyageurs venus du monde entier. »
Vous avez poursuivi vos études à Paris, Londres (UCL) et Bruges (Collège d’Europe), ajoutant à votre double formation en Droit et Sciences politiques, celle des études européennes que vous avez prolongées par un stage à la Commission européenne, avant de travailler pour la SNCF.
- Vivre à La Haye s’inscrit donc comme nouvelle aventure dans une chaine d’expatriation, d’ouverture et d’enrichissement. Vos expériences d’études et de travail vous ont-t-elles facilité l’adaptation à cette nouvelle vie en Hollande méridionale ?
Faustine : « Après des études internationales et de nombreux voyages sur divers continents où avec mon mari, nous avons vécu l’interculturalité ensemble, nous avons choisi de vivre, en famille, une expérience à l’étranger, rendue possible grâce à un cadre professionnel épanouissant pour mon mari. Pour notre installation et à notre arrivée, nous avons bien été aidés par deux associations francophones de La Haye – Accueil La Haye et l’Association des Parents d’Élèves du Lycée français – pour qui ensuite j’ai eu envie de donner du temps en tant que bénévole.
Pour moi, c’est un période de transition professionnelle : j’ai dit au revoir à mon entreprise, celle où j’ai travaillé pendant dix ans, la SNCF, et je suis à la recherche d’un nouvel investissement en relation avec mes compétences.
Arrivée à la Haye, aux Pays-Bas, je suis naturellement allée à la rencontre de personnes travaillant dans le secteur ferroviaire, parfois aidée de mise en relation par mes anciens collègues, parfois en osant des contacts directs par Linkedin. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de directeurs de gare chez NS.
Les gares sont pour moi des lieux très importants, c’est là où commence et se termine un voyage en train. Ce sont aussi des lieux de passage au cœur des villes et des monuments chargés d’histoire.

Dans mes pérégrinations, j’ai pu par exemple visiter la salle d’attente royale de la gare de La Haye Hollands Spoor (1893) et en ai partagé le récit (lien). [Jusqu’en 2023, la famille royale faisait usage du train royal pour se déplacer dans les provinces ou même à l’étranger comme pour aller au Danemark en 2010, lorsque le volcan islandais avait rendu impossible toute circulation aérienne].
Avoir rencontré les décideurs comme la directrice de la grande gare de Rotterdam [dont la nouvelle structure architecturale a une dizaine d’années comme le racontait ici Faustine- ] a sans doute aidé pour que ma candidature soit retenue – la seule étrangère aux côtés d’autres entrepreneurs néerlandais – pour participer à un projet d’innovation de NS Stations pour réfléchir au futur des gares.
J’ai par exemple proposé des idées pour accueillir mieux les enfants et encourager les parents à voyager en train en famille.
C’était une des missions très intéressantes de mon expérience de travail indépendant, que je testais pour la première fois aux Pays-Bas. Encouragée par la culture locale et des témoignages de conjointes d’expatriés notamment au sein de la Fondation Avenir Emploi (« café ZZP »), j’ai en effet créé mon auto-entreprise que j’ai appelé « En mouvement », en lien avec mes deux passions que sont le train et la danse, et avec ma capacité à donner de l’impulsion à des projets, des idées, des connexions.
L’auto-entreprenariat demande une approche et un positionnement très différents de ce que j’ai pu vivre en tant que salariée. J’ai vécu des expériences enrichissantes et valorisantes, mais je me suis rendu compte que ce statut n’était pas ce qui me convenait le mieux aujourd’hui, en tout cas, pas à titre principal. C’est pourquoi je recherche aujourd’hui plutôt un emploi salarié, et j’investis dans mes compétences en langue néerlandaise pour m’ouvrir plus de possibilités. »
- Je vous ai vu danser, dans un mouvement très gracieux, lors d’un concert à l’Alliance française La Haye. Vous êtes aussi danseuse, quasi professionnelle…
Faustine : « Enfant, j’ai suivi une scolarité danse-étude puis une formation pré-professionnelle au Cannes Jeunes ballet. Aujourd’hui, la danse reste un de mes moyens d’expression préférés et c’est ainsi que j’ai pu oser danser en public. En septembre, dans la gare d’Utrecht, la plus fréquentée des Pays-Bas, j’ai par exemple participé à une performance artistique, alliant le jeu musical d’un trompettiste et la danse que j’ai improvisée, avec pour but de mettre en valeur l’œuvre de Sarah van Sonsbeeck, [qui a trouvé sa place dans la gare d’Utrecht en 2021]. Voir ».

J’aime mêler les univers : la sensibilité des arts avec le monde industriel et onirique du train. Ainsi, en 2023, j’ai organisé les Journées du Patrimoine en France pour la SNCF, en coordonnant 200 événements pour faire découvrir au grand public les coulisses des gares et des métiers du chemin de fer. À cette occasion, nous avons créé des expériences qui liait train et arts – musique, théâtre, cinéma, écriture, et danse. Je suis particulièrement heureuse d’avoir invité deux danseuses à créer une visite dansée dans un atelier industriel de maintenance des trains.
Quels conseils, quels messages souhaiteriez-vous transmettre à une jeune femme française, nouvelle arrivante à La Haye ?
Faustine : « – Explorez la ville dans toute sa diversité. La Haye est située en bord de mer, avec le joli village de Scheveningen, des dunes magnifiques, des musées fascinants et un centre-ville historique qui est aussi le cœur de la vie politique ! J’ai eu le coup de foudre pour cette ville et c’est pour cela que je suis devenue City Host bénévole, pour être ambassadrice touristique de La Haye.
– Profitez du vélo pour vous déplacer de façon indépendante, par tous temps et partout !
– Voyagez et découvrez la Hollande et les Pays-Bas, en train/bus/tram/métro en utilisant l’OV-kaart, une carte de transport qui permet d’aller partout !
– Achetez la Museumkaart, la carte [à cotisation annuelle] qui donne accès à plus de cinq cents musées aux Pays-Bas et permet de goûter aux joies de la découverte de l’histoire du pays, des arts et de l’intégration tout à fait particulière de la culture dans la nature…
– Apprenez la langue du pays pour pouvoir converser un minimum et comprendre les pratiques culturelles et sociales du pays et de ses habitants. »
Merci Faustine pour cet entretien fort agréable. Mes vœux vous accompagnent dans votre quête d’emploi et de sens équilibré de vos activités bénévoles. Votre talent relationnel d’écoute et de compassion, votre désir et votre énergie vous aideront, j’en suis sûre à trouver votre chemin qui passe aussi par un engagement au service de vos compatriotes aux Pays-Bas !
Crédit photos : Faustine Gauthier
