De la Liberté à l’Égalité

Du 14 juillet (prise de la Bastille en 1789) au 26 août Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789) en passant par la nuit du 4 août et l’abolition des privilèges.

Le 14 juillet dernier, nous avons fêté la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » lors de la fête devenue nationale par la loi du 6 juillet 1880, sans qu’il soit précisé si cette date renvoyait à 1789 et la prise de la Bastille ou à 1790 et la Fête de la Fédération. Lancée par Robespierre en décembre 1790, l’alliance entre ces trois valeurs (le rapprochement liberté-égalité étant déjà fréquent chez les philosophes des Lumières) a mis du temps à s’imposer et si la Constitution de 1848 (IIe République) l’inscrit dans son Préambule (IV), comme principe de la République, c’est sous la IIIe République qu’elle s’impose. C’est depuis le 14 juillet 1880 que cette devise est inscrite sur le fronton des édifices publics.

À la suite de la prise de la Bastille, une Grande Peur se répand dans les campagnes, mobilisant les paysans contre les châteaux et les nobles qui les habitent, inquiétant aussi les bourgeois, propriétaires fonciers. Les députés de l’Assemblée nationale constituante, cherchant à rétablir l’ordre, vont faire des concessions face aux révoltes agraires. Dans la nuit du 4 août 1789, « nous avons fait en dix heures ce qui devait durer des mois » écrit un député ; sur proposition de nobles et de membres du clergé, les servitudes personnelles, les corvées et le droit de chasse sont abolis consacrant l’abolition des privilèges et des droits féodaux pesant sur des personnes. C’est la fin du régime féodal qui, constitué des trois Ordres (1/ clergé, 2/ noblesse, 3/ tiers-état)  liait les hommes entre eux, les faisant dépendre les uns des autres. Les Ordres sont abolis, l’égalité de tous devant l’impôt et devant l’emploi est reconnue.

Les députés de l’Assemblée nationale constituante, inspirés par les idéaux politiques des Lumières, par ceux de la démocratie parlementaire britannique (Bill of Rights, Habeas Corpus) et par la Déclaration d’indépendance des colonies anglaises d’Amérique (1776) qui parle du droit au bonheur, promulguent, le 26 août 1789, un texte fondateur de la Révolution française, en dix-sept articles : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, au caractère universel et intemporel. L’article Premier est fondamental, énonçant les droits de l’individu, quelque soient le régime politique, la religion ou le sexe : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».

La DDHC est placée en tête de la Constitution de 1791, première Constitution de la France, qui « abolit irrévocablement les institutions qui blessaient la liberté et l’égalité des droits, […] garantit [des] droits naturel et civils, […annonce] un code de lois civiles communes à tout le Royaume, [et définit qui] sont citoyens français [ou le deviennent, en prêtant] le serment civique ». Les principes qu’elle énonce, Droits de l’Homme et souveraineté nationale, sont repris dans le Préambule  de la Constitution de la Ve République (1958), en vigueur aujourd’hui. La Constitution de 1958 – qui a connu vingt-quatre révisions, est la quinzième pour la France, contrairement aux États-Unis d’Amérique qui n’ont connu qu’une seule Constitution fédérale depuis le 17 septembre 1787 (source: site du Conseil constitutionnel) .

Si dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, on parle de l’Homme avec un grand H pour désigner l’humanité, des femmes font entendre leur voix, pendant la Révolution. Olympe de Gouges (1748-1793), femme de lettres et femme politique, rédige et publie le 14 septembre 1791, en dix-sept articles, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dédiée Marie-Antoinette, « la reine malheureuse et digne dans l’affliction », pour faire reconnaître la place sociale et politique des femmes. En Préambule, elle demande que les « représentantes de la nation [soient] constituées en Assemblée nationale » et en Postambule, elle invective la « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. […] Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? »

Pionnière du féminisme, elle sera guillotinée en 1793. Voir le texte de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, présentée par Olivier Blanc

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