Rencontre avec deux stagiaires de l’Alliance française La Haye ayant participé au Concours d’éloquence Nelson Mandela 2026

J’ai pu m’entretenir avec deux participantes très impliquées dans le concours d’éloquence Nelson Mandela 2026, initié depuis 2024 par Hélène Pichon, directrice de l’Alliance française La Haye (AFLH) pour « donner les moyens à une nouvelle génération de voix de s’engager face aux grands défis de notre époque […] l’art oratoire [constituant] un puissant levier de changement » : Chloé et Héloïse, toutes deux stagiaires à l’Alliance française La Haye, ont plaidé, l’une en anglais, l’autre en français.

Chloé Corbino qui a, pendant son stage, été chef de projet pour le concours d’éloquence, a vu son désir d’y participer comme candidate se réaliser, à la suite de la défection d’autres candidats qui ont annulé leur participation en anglais au dernier moment.

La question proposée pour la plaidoirie en anglais, « Is intergenerational solidarity a moral duty or a political necessity? » l’intéressait au plus haut point, ses grands-parents ayant eu une grande importance dans son éducation et la question de la solidarité intergénérationnelle étant un problème de société très actuel.

Mais d’où vous vient cette compétence à faire une plaidoirie en anglais ?

Chloé : « J’ai fait un stage à l’ambassade des États-Unis à Paris et l’anglais est devenu ma langue de travail ; mais c’est aussi la langue de mes échanges épistolaires depuis l’enfance et pendant mes années de lycée pour la correspondance avec des étrangers. J’ai longtemps correspondu avec des Néerlandais qui m’ont donné l’envie de découvrir leur pays. Je me suis préparée au concours, seule et très rapidement puisque j’ai remplacé des inscrits ayant annulé leur participation. »

Et vous, Héloïse Landois ?

« Je me suis préparée pendant quelques semaines à une plaidoirie en français, convaincue que les mots permettent de dépasser la violence. J’ai saisi l’occasion de prendre part à cette aventure personnelle et professionnelle, passionnée par la figure de Nelson Mandela dont la force intérieure porte haut et fort les valeurs de pardon et de réconciliation, de justice et de paix, et souhaitant participer ainsi à transmettre son héritage.

Le sujet de la plaidoirie en français : « La réconciliation est-elle une forme de justice ou une concession à l’injustice ? » m’a inspirée. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leur participation au concours d’éloquence Nelson Mandela s’inscrit dans leur activité de stagiaire à l’Alliance française La Haye.

 

Chloé, vous avez coordonné ce projet. Comment est-il né ? comment s’est-il développé ?

Chloé : « Lorsque l’on arrive comme stagiaire à l’AFLH, on a la liberté d’exposer ce que l’on souhaite faire ; après avoir exploré les différentes possibilités d’actions et d’engagement, on peut choisir un projet et j’ai opté entre autres pour l’organisation du concours d’éloquence Nelson Mandela.

Les stagiaires peuvent proposer leurs idées et l’échange avec Hélène Pichon, maître de stage et directrice de l’AFLH, permet de faire mûrir le projet, de dépasser l’idée de départ, de lui donner de l’ampleur et de la faisabilité. C’est une pratique pédagogique absolument remarquable et fructueuse ; elle fait entièrement confiance au stagiaire, elle le fait grandir personnellement et progresser dans ses compétences. »

Héloïse : « Cet événement est un acte de diplomatie culturelle. Nous sommes à La Haye, dans le contexte d’un travail de pédagogie active pour l’usage de la langue française à l’étranger. Avoir choisi d’ouvrir le concours à des plaidoiries en français et en anglais en fait un exemple à l’international et souligne la dimension de pont culturel de la langue française. »

Quel est le résultat de cette belle entreprise ?

Héloïse : « C’est une victoire pour tout le monde. Quelle joie de voir autant de personnes réunies autour du message de Nelson Mandela ! Un bonheur pour les orateurs mais aussi pour le public, nombreux et si divers, de nombreux pays étant représentés par leur ambassadeur. En plaidant, nous témoignons de l’importance du partage et de l’ouverture à l’autre, au quotidien, quelle que soit notre place dans la société. Et le public reconnaissant nous confirme dans la légitimité à prendre la parole. »

Chloé : « L’ouverture du concours à la langue anglaise, langue dans laquelle j’ai fait ma plaidoirie, est un acte important qui souligne que la francophonie rassemble des pays qui ont une langue française en partage d’une part, et que, d’autre part le français tout comme l’anglais sont dans de nombreux pays une langue du plurilinguisme.

De nationalités différentes, venant d’ Afrique – Afrique du Sud, Algérie, Cameroun, Mali, Tunisie, d’Europe – Danemark, France, Pays-Bas, d’Amérique du Sud – une participante faisant sa plaidoirie en anglais est de famille chilienne-française et a suivi sa scolarité au lycée français Vincent van Gogh, les participants, inspirés par Nelson Mandela, ont montré dans leur plaidoirie, que l’humanité n’a pas de frontière, que dans l’interculturalité, l’ouverture de soi permet de construire ensemble un avenir commun,. »

Quel rôle y joue l’Alliance française où vous êtes toutes deux stagiaires ?

Chloé : « La directrice de l’Alliance Française La Haye dont la tâche est la promotion de la langue et de la culture française a choisi pendant les quatre années de son exercice de dépasser les barrières culturelles et d’encourager un regard croisé, un échange d’idées, tendant la main à d’autre pays et langues dans le contexte international des Pays-Bas et en particulier de La Haye, ville internationale de la justice et de la paix. L’organisation de ce concours d’éloquence Nelson Mandela, en français et en anglais, entre bien dans cette mission de l’Alliance française »

Héloïse : « Oui, et il s’inscrit plus largement dans la mission que se donne l’Alliance française La Haye de promouvoir le dialogue interculturel et les échanges d’idées. Cet événement témoigne d’une volonté de faire vivre les valeurs de paix, de dialogue, de défense des droits humains, comme c’est le cas pour la Conférence Femmes et Paix : dans les pas de Bertha von Suttner, première femme à recevoir le prix Nobel pour la Paix en 1905, Conférence qui s’est tenue à La Haye le 9 décembre 2025 en ce même lieu que le concours d’éloquence Nelson Mandela de cette année (IISS) et le 10 décembre 2025, Journée internationale des droits humains, au Palais de la Paix devant lequel se trouve aujourd’hui le buste de Bertha. » [Le buste de Bertha, réalisé par Ingrid Rollema, a été inauguré le 10 décembre 2025, Voir].

Avec Hélène Pichon, directrice de l’Alliance française La Haye vous avez proposé aux candidats participants au concours de découvrir, à La Haye, des lieux symboliques de la construction de la paix – à partager pour le monde et pour laquelle ont tant milité le Sud-Africain tout comme l’Autrichienne Bertha, lors d’une « journée d’immersion diplomatique et humaine », la veille du concours. Ainsi, la statue de Nelson Mandela (La longue marche vers la liberté) qui se trouve près du Kunstmuseum fut le lieu de rassemblement pour une photo avec l’Ambassadeur d’Afrique du Sud et l’Ambassadeur de France. La visite de la Cour pénale internationale, la découverte du Palais de la Paix avec ses instances de justice internationale et la présence mémorielle de Bertha von Suttner, des rencontres avec les Ambassadeurs de l’Afrique du Sud, de Cuba et du Vénézuéla ont rendu tangibles l’héritage de ces acteurs de paix, source d’inspiration pour les plaidoiries des participants au concours.

Que vous a apporté votre stage aux Pays-Bas, à l’Alliance française La Haye ?

Héloïse : « Pendant mon stage, j’ai accompli des tâches dans de nombreux domaines, profitant de la large palette qui m’était offerte ; j’ai développé mes compétences dans l’organisation d’événements culturels (pendant le mois de la francophonie et sur la Journée de l’Europe) ; j’ai testé mes capacités à enseigner le français (assistance des cours de français pour enfants et cours de français pour adultes) ; j’ai créé (développé ?) les podcasts de l’AFLH. J’ai enfin eu la responsabilité de gérer le dossier « publication » de la Conférence Femmes et Paix : dans les pas de Bertha von Suttner. Les éléments de la Conférence se retrouveront dans un ouvrage publié aux Presses universitaires de Vincennes, avant d’être publiés en traduction anglaise chez Brill Academic Publishing. »

Chloé : « Mon stage est caractérisé par une prise de responsabilité énorme et je suis, tout comme Héloïse, très reconnaissante à notre maître de stage, Hélène Pichon qui nous a fait confiance et a développé en nous un sens du dépassement grâce à l’approfondissement de nos idées et de nos intuitions.

Si j’ai beaucoup investi dans la préparation du concours d’éloquence, j’ai aussi aidé et ai travaillé à créer des visuels pour d’autres événements comme la fête de la musique et la célébration de la fête nationale sur la plage.

Par ailleurs, j’ai participé au développement du programme d’immersion francophone de l’UNITAR à La Haye, conçu en partenariat avec l’AFLH. Ce programme propose aux participants de découvrir les principales institutions internationales de la ville, d’approfondir leur compréhension du système des Nations Unies et de la diplomatie multilatérale, tout en suivant des cours de français adaptés à un contexte international. »

 

Chloé et Héloïse : « Nous n’avons jamais autant appris en si peu de temps et nous nous sentons vraiment mieux armées pour notre avenir professionnel. Nous avons expérimenté que le travail de préparation d’un évènement est tout autant théorique que pratique. Le travail invisible des petites mains est essentiel et la logistique tout comme la communication comptent beaucoup.

Toutes deux, nous souhaitons poursuivre nos expériences de travail et d’études à l’étranger et nous sommes confirmées dans le désir de travailler dans la diplomatie culturelle.

La vie à La Haye nous a beaucoup plu, au rythme du vélo, ce qui signifie liberté et sécurité, même s’il y a des embouteillages à vélo aux heures de pointe ! L’aspect multiculturel pour le travail et dans la vie quotidienne est particulièrement agréable, comparé à nos expériences de vie en Espagne et à Bruxelles par exemple. En outre, nous nous démarquons des stéréotypes car nous trouvons les Néerlandais chaleureux et accueillant.

Nous sommes tellement reconnaissantes à notre maître de stage, Hélène Pichon qui nous a fait confiance et a développé en nous un goût pour le respect de chacun et finalement pour la construction de la paix au quotidien et au plus petit niveau. »

Contre la culture du pouvoir qui recourt à la guerre, l’Alliance française La Haye est, grâce à l’humanité et à la foi de sa directrice (2022-2026), un lieu où les stagiaires apprennent à construire une « civilisation de l’amour » fondée sur la justice (pour reprendre les termes de Léon XIV). La paix est en effet une volonté, pas un état naturel ; elle est le fruit de la réconciliation entre les peuples et entre les individus. La Conférence Femmes et Paix : sur les pas de Bertha von Suttner et le concours d’éloquence Nelson Mandela 2026 en sont de beaux exemples auxquels Hélène Pichon a donné vie.

 

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